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Pourquoi l’anonymat doit rester un droit à l’ère de l’identité numérique

Quand la vérification d’identité s’étend, l’espace pour lire, consulter, rechercher, soutenir et s’exprimer anonymement se réduit.

De nombreuses démarches sociales se numérisent.

Services administratifs, banques, contrats de télécommunication, paiements, vérification d’âge, billets, éducation, santé, procédures au travail. Dans de nombreuses situations, la vérification d’identité se fait désormais en ligne.

Les identités numériques et les infrastructures publiques numériques peuvent être utilisées pour la commodité et l’inclusion.

Mais si la vérification d’identité devient la norme dans toutes les situations, l’espace pour lire, consulter, rechercher, s’exprimer ou soutenir anonymement se réduit.

Cet article ne traite pas du pour ou contre de l’identité numérique elle-même. Il organise pourquoi l’anonymat doit être protégé comme un droit à une époque où la vérification d’identité s’étend dans la société.

Qu’est-ce qu’une identité numérique ?

Une identité numérique est un mécanisme permettant de vérifier une personne ou des attributs dans des procédures en ligne ou numériques.

Elle sert à vérifier numériquement le nom, la date de naissance, l’adresse, la nationalité, les qualifications, l’âge, l’affiliation, l’éligibilité à un paiement ou l’éligibilité à un service administratif.

SituationCe qui est vérifiéCe qui devient plus pratique
Démarches administrativesPersonne, adresse, éligibilitéMise en ligne des démarches
Services financiersVérification d’identité, éligibilité aux transactionsOuverture de compte et paiement
Vérification d’âgeÂge ou majoritéVérification des conditions d’utilisation du service
Éducation et qualificationsInscription, diplôme, qualificationPrésentation de certificats
Santé et aide socialeÉligibilité, vérification d’identitéEfficacité des prestations et réservations

Il existe des situations où la vérification d’identité est nécessaire.

Le problème est de ne plus pouvoir distinguer les situations où la vérification d’identité est réellement nécessaire de celles où l’anonymat est nécessaire.

Ce qui change quand la vérification d’identité s’étend

Quand la vérification d’identité s’étend, « les activités faites sous son nom » deviennent la norme.

Ce qui concernait au départ seulement des démarches importantes peut s’étendre aux réseaux sociaux, à la recherche, à la lecture de nouvelles, aux paiements, aux transports, à la participation à des événements, aux guichets de consultation, aux contenus éducatifs et à la vérification d’âge.

Où cela s’étendChangement produitEffet sur l’anonymat
Réseaux sociauxLes comptes sous nom réel ou vérifiés sont favorisésL’expression anonyme est plus facilement traitée comme suspecte
Recherche et lectureLes historiques par utilisateur restent plus facilementLa liberté de chercher s’affaiblit
PaiementL’historique d’achat se relie aux informations d’identitéLes intérêts et les destinataires de soutien deviennent visibles
Transport et entréeLes déplacements et participations se relient à la personneLes actions réelles deviennent plus faciles à suivre
Guichets de consultationUne vérification d’identité est demandée avant la consultationIl devient plus difficile de demander de l’aide

La vérification d’identité peut sembler rationnelle quand on regarde chaque cas séparément.

Mais lorsqu’elle s’accumule à l’échelle de la société, les domaines où l’on peut agir anonymement diminuent.

Les situations nécessitant l’anonymat demeurent

Même si la vérification d’identité devient pratique, les situations nécessitant l’anonymat ne disparaissent pas.

Au contraire, dans une société où les traces augmentent, le besoin d’anonymat grandit.

SituationPourquoi l’anonymat est nécessaireProblème si la vérification d’identité est trop forte
Consultation pour des difficultésProtéger les situations familiales, de santé, scolaires ou professionnellesLa personne se retient avant même de consulter
Alerte interneProtéger l’auteur de l’alerte et les personnes liées contre les représaillesLe soupçon se concentre plus facilement dans l’organisation
Protection des sourcesProtéger la personne qui fournit l’informationLe fait du contact est enregistré
Activité civiqueProtéger les participants et les soutiensL’historique d’activité se relie à la personne
Expression de minoritésGarder une distance avec les majorités ou le pouvoirLe coût de la parole augmente

L’anonymat n’existe pas seulement pour les personnes qui refusent la vérification d’identité.

C’est une condition permettant aux personnes en position faible d’agir quand il le faut sans craindre les représailles ou la surveillance.

Une fois normalisé, il est difficile de revenir en arrière

Quand la vérification d’identité devient une infrastructure sociale, l’anonymat est plus facilement traité comme une exception.

« Puisqu’on peut vérifier l’identité, il suffit de le faire. » « Vouloir utiliser anonymement est suspect. » « Pour la sécurité, il faut vérifier tout le monde. »

Si ces idées se répandent, l’anonymat cesse d’être un droit et devient une exception autorisée.

ChangementCe qui se produitEffet sur l’anonymat
La vérification d’identité devient standardL’usage anonyme devient l’exceptionLe fait d’être anonyme devient lui-même suspect
L’ID est utilisé entre servicesLes historiques de comportement se relient horizontalementLa corrélation de toute la vie se renforce
Extension aux services privésLes vérifications d’identité non nécessaires augmententLa liberté de lire, voir et participer se réduit
Les alternatives diminuentDavantage de situations deviennent inutilisables sans IDCela devient une contrainte de fait
La responsabilité est faibleIl est difficile de savoir qui a vu quoiIl devient difficile de contester

Une fois que le présupposé « la vérification d’identité est normale » s’installe, il devient difficile de récupérer l’anonymat.

C’est précisément pourquoi il faut protéger dès le départ les domaines utilisables anonymement.

Même facultatif, cela peut devenir obligatoire de fait

L’identité numérique est parfois présentée comme « facultative ».

Mais si les principaux services sociaux la prennent pour base, elle devient obligatoire de fait même lorsqu’elle est facultative.

Si l’école, le travail, les banques, les télécommunications, l’administration, les transports, les événements, la santé et les paiements dépendent de la même base de vérification d’identité, le choix de ne pas l’utiliser cesse d’être réaliste.

ApparenceCe qui se produit réellementPoint d’attention
Usage facultatifCela devient peu pratique sans IDLes personnes qui ne choisissent pas l’ID sont exclues
Mesure de sécuritéLa vérification d’identité est demandée pour toutes les actionsLes vérifications sans nécessité augmentent
CommoditéUn seul ID sert dans de nombreuses situationsLes comportements se relient transversalement
Prévention de la fraudeL’usage anonyme est limitéLes usages anonymes légitimes disparaissent aussi
EfficacitéLes consultations humaines et les exceptions diminuentLes personnes en position faible se retrouvent bloquées

L’important n’est pas de rejeter toute vérification d’identité.

Il est de limiter les situations où la vérification d’identité est nécessaire et de garder des situations utilisables anonymement ou sous pseudonyme.

Conditions nécessaires à une bonne conception

Même lorsqu’une identité numérique est utilisée, une conception qui protège l’anonymat et la vie privée est nécessaire.

Si l’on donne priorité seulement à la commodité de la vérification d’identité, la surveillance de l’ensemble de la société augmente.

ConditionSignificationLien avec l’anonymat
Divulgation minimaleMontrer seulement les attributs nécessairesNe pas exposer le nom réel ni tout l’historique
Divulgation sélectiveNe montrer que la partie nécessaire, comme la vérification d’âgeNe pas remettre d’informations d’identité inutiles
Limitation de finalitéLimiter le but d’utilisationEmpêcher le suivi pour d’autres finalités
SéparationRendre difficile la combinaison d’historiques entre servicesAffaiblir les profils transversaux
Moyens alternatifsGarder des moyens sans IDÉviter la contrainte de fait
Audit et explicationPouvoir vérifier qui a vu quoiFaciliter la détection des abus d’autorité

Le point particulièrement important est de ne pas étendre la vérification d’identité à des situations où elle n’est pas nécessaire.

Pour simplement lire, rechercher, chercher un lieu de consultation ou consulter des informations de soutien, il faut garder un espace où l’anonymat est protégé.

L’anonymat ne s’oppose pas à la sécurité

L’anonymat est parfois présenté comme opposé à la sécurité.

Mais pour les personnes en position faible, l’anonymat lui-même est une sécurité.

Pour une personne fuyant des violences domestiques, une personne craignant des représailles au travail, une personne discriminée, une source journalistique, un lanceur d’alerte ou une personne minoritaire, l’obligation de vérification d’identité peut augmenter le danger.

PersonneCe que protège l’anonymatSi la vérification d’identité est trop forte
VictimeLieu, contenu de consultation, déplacementLes indices rapprochant de l’agresseur ou de l’entourage augmentent
Lanceur d’alerteFournisseur des documents, chemin de consultationLes cibles de représailles se resserrent
Source journalistiqueFait du contact, contenu fourniLa source est soupçonnée
Participant à une activitéHistorique de participation, alliés, lieuLes effets se propagent au travail ou à la famille
Individu ordinaireSanté, famille, intérêts, passéPeut conduire à des désavantages futurs

Si l’on supprime l’anonymat au nom de la sécurité, les personnes qui ont réellement besoin de sécurité sont les premières à être mises en danger.

L’anonymat fait partie des dispositifs de sécurité de la société.

Si l’on cède une fois, l’anonymat cesse d’être un droit

L’anonymat n’est pas un privilège temporaire accordé seulement quand il est nécessaire.

La liberté de lire anonymement. La liberté de chercher anonymement. La liberté de consulter anonymement. La liberté de soutenir anonymement. La liberté de s’exprimer anonymement.

Si ces libertés disparaissent, les lieux qui ne sont pas vus par le pouvoir, les organisations, les majorités ou les agresseurs diminuent.

Si l’on continue à accepter l’extension de la vérification d’identité en se disant « cette fois, on n’a pas le choix », l’anonymat cesse d’être un droit et devient seulement une exception dans les limites autorisées par les administrateurs.

Pour protéger l’anonymat, la société doit distinguer les situations où la vérification d’identité est nécessaire de celles où l’anonymat doit rester.

Résumé

Les identités numériques et les infrastructures publiques numériques peuvent aider la commodité et l’inclusion.

Mais si la vérification d’identité s’étend à toutes les situations, l’espace pour lire, rechercher, consulter, s’exprimer et soutenir anonymement se réduit.

L’anonymat n’existe pas seulement pour les méfaits.

Il est nécessaire aux victimes, lanceurs d’alerte, sources, participants à des activités, minorités et individus ordinaires pour garder une distance avec la surveillance injuste et les représailles.

Il existe des situations où la vérification d’identité est nécessaire.

C’est précisément pourquoi il est important de ne pas l’étendre aux situations où elle n’est pas nécessaire.

Garder l’anonymat comme un droit, et non comme une exception, est une condition pour protéger la sécurité et la liberté à l’ère de l’identité numérique.

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